mardi 23 août 2016

Sechin, la mystérieuse


Au cœur de la vallée de Casma, département de Ancash, se trouvent les fiefs de la encoretrès méconnue culture Sechin. Méconnue car il s’agit d’une civilisation précéramique et qu’aucune forme d’écriture ne lui est associée. Pourtant depuis la découverte du premier site en 1937, certains de ses secrets ont été mis à nu… Notamment celui de son origine, offrant ainsi une place à l’Amérique du Sud en tant que berceau de la civilisation. De quoi exalter les passions les plus folles des amateurs d’archéologie !



Sechin est un complexe de plus de 300 hectares, dont les vestiges de pierre sculptée datent de 3500 avant J-C. Au fil des recherches menées depuis 1937,  trois sites distincts ont été révélés, témoins de l’évolution de cette culture qui c’est éteinte environ un millénaire avant notre ère: Sechin Alto, Sechin Bajo et Cerro Sechin. 

Le Cerro Sechin est, encore aujourd’hui, le mieux connu. Peut-être aussi car il fût le premier découvert. Il s’agit d’un temple dont l’ultime muraille sculptée laisse toujours perplexes ceux qui l’étudient. Scènes de guerre, viscères, têtes coupées et autres expressions macabres...  S’agissait-il d’un centre chamanique ou médical ? Et combien d’autres hypothèses ?

Sechin Alto est un édifice rectangulaire dont la frise en adobe représente un homme à dents de félins, un couteau et un serpent,  iconographie du sacrifice analogue à l’une des cultures qui la succède, celle de Chavin.

Enfin le troisième site, Sechin Bajo, n’est pas ouvert au public car encore en phase d’investigation suites aux dernières découvertes qui lui sont associées. C’est d’ailleurs peut-être grâce à celles-ci que le Pérou pourra finalement imposer aux yeux du monde que l’histoire précolombienne ne se résume pas aux Incas !


LE SITE LE PLUS ANCIEN DU NOUVEAU MONDE ?

Concernant ce sujet là, bon nombre se font la compétition : de Caral à Sechin (gagnant) en passant par la Serra Da Capivara au Brésil (peintures rupestres)... Mais en réalité peu importe savoir lequel est en pole position. D’autant que d’innombrables fouilles sont encore à leurs prémices et qu’il existe une foultitude de sites à découvrir.  Ce sont, au fond, les dates associées à ces découvertes qui sont fondamentales. Elles ont permis de laisser entendre que ce continent laisse son empreinte depuis une époque bien antérieure à celle que l’on envisageait dans l’histoire de l’humanité.

En effet en 2008,  les fouilles de l’archéologue Peter R. Fuchs à Sechin Bajo ont mis à jour une construction qui daterait de 5500 ans, soit la plus vieille construction humaine connue aujourd’hui sur le continent. Ce qui signifie que les peuples précolombiens auraient maîtrisé des techniques complexes de constructions à l’époque où les européens sortaient des cavernes ! Alors, Inde, Mésopotamie, Egypte et maintenant Amérique du Sud, même combat ?







lundi 13 juillet 2015

Saviez-vous que...

l'un des meilleurs chanteurs d'opéra du moment est péruvien?
il nous chante ici une adaptation de la Flor de Canela, chanson emblématique de la musique créole péruvienne.


mardi 28 avril 2015

Martin Chambi, le géant intrépide



Peu de personnes au monde peuvent se vanter d’avoir su transcender leur condition pour s’élever au rang de personnalité incontournable plus d’un siècle après leur naissance.  Martin Chambi serait l’ambassadeur du Pérou en la matière si son génie était apprécié à son juste titre.





Aujourd’hui, seule une poignée d’aficionados de l’univers artistique lui rend justice dans son pays, alors même que son œuvre a une résonnance internationale.

Visionnaire diront certains, pionnier dirent d’autre, ici c’est son statut d’artiste sans précédent que nous souhaitons célébrer. Une maitrise indéniable de l’art de la photographie, un œil avisé sur une société  bipolaire : il fût l’un des créateurs majeurs du XXème siècle. 

 
Il est vrai que Martin Chambi a eu un destin hors du commun. Ce fils d’agriculteur né en 1891 à Puno fût le fruit d’une culture « indigena » dont le quechua était la langue principale. Un milieu social qui induit de nombreux devoirs dans la société péruvienne du siècle dernier comme celui de prêter sa main d’œuvre à une mine d’or dès les prémices de son adolescence. 


 C’est une rencontre atypique avec un photographe alors qu’il était en plein labeur qui donnera naissance à sa vocation. Dès lors, il s’imposera un travail acharné pour gagner suffisamment d’or et partir, appuyé par ses parents, vers Arequipa afin de réaliser son rêve.

Ainsi, à  ses 16 ans, il deviendra l’apprenti de Max T. Vargas, un photographe reconnu des familles bourgeoises de la « Ville Blanche ». Ce dernier lui fera découvrir les subtilités de la photo. Neuf ans plus tard, il ouvrira son propre local a Sicuani, à la jonction même entre le le Lac Titicaca et la ville de Cuzco.  C’est d’ailleurs à Cuzco, fief de l’empire Inca, que sa carrière prendra un autre tournant.


Photographe de tous les univers, intellos, bourgeois, andins ; de tous les paysages, villes,
campagnes ; des milieux modernes et traditionnels ; mariages, communions des plus aisés, misère des plus humbles, événements sportifs réunissant tout ce beau monde…
C’est son amour pour Rembrandt qui l’inspirera et lui provoquera le besoin impérieux de travailler avec l’ombre et la lumière. Ses nombreux autoportraits feront office de test.
Dès lors, ses clichés prendront un autre relief. Il s’agira de s’armer de patience pour attendre le moment parfait permettant de convertir une simple prise de vue en véritable œuvre d’art.


 
A côté de la photographie à fins commerciales,  il placera au cœur de son œuvre la ville de Cuzco et la société andine. Il deviendra ainsi le premier et principal témoin de son paradoxe, entre beauté et complexité sociale extrême. Si « les photos constituent à la fois une fenêtre et un miroir » (John Szarkowski), on peut retrouver en Martin Chambi ce désir profond de révéler son monde, désir menant à une recherche intime, celle de sa propre identité. Une démarche témoignage quasi anthropologique qui saura dépasser les clichés et mettre à nu une société encore tenue secrète aux yeux du monde.

Quoi qu’il en soit, l’originalité et la richesse visuelle exceptionnelle de Martin Chambi ont eu des conséquences considérables sur l’histoire de la photographie. 





Bien plus qu’être le premier photographe andin, Martin Chambi fût un très grand artiste, magnifiquement célébré par le célèbre auteur péruvien Mario Vargas Llosa : « Il est risqué de trop insister sur la valeur de témoignage de ses photos. Elles en ont certes également une, mais elles expriment pour lui autant l'environnement dans lequel il a vécu et observé (...) et lorsqu'il se place derrière l'appareil photographique, il devient un géant, doté d'une véritable force d'invention, capable de recréer la vie. »

vendredi 24 avril 2015

vidéo très intéressante sur la ruine de Chavin de Huantar


merci au musée Rietberg de Zürich, une vidéo très instructive. Chavin, probablement le site archéologique le plus fascinant du Pérou!

dimanche 8 mars 2015

La musique afro péruvienne, un bijou centenaire



« El condor pasa » joué à la flûte de pan par un groupe folklorique tout droit descendu des Andes, c’est certainement la première image qui nous vient en tête lorsque l’on fait référence à la musique péruvienne. Pourtant, à l’instar du pays, celle-ci est  le fruit d’un melting pot culturel démentiel.

Entre autres influences, le leg du patrimoine afro au Pérou est considérable. Présente depuis l’époque coloniale, la population afro-descendante a en effet fortement impacté la culture péruvienne dans la cuisine, dans la religion, dans la langue… Et bien entendu dans la musique ; qui est devenue à ce titre un témoin clé pour révéler une part de l’histoire du pays encore méconnue.



Des origines enracinées dans un passé d’esclavagisme…

Reléguées au statut de « main-œuvre » importé par les Espagnols, les populations d’Afrique Noire n’avaient aucun droit, et encore moins celui de pratiquer des instruments de musique. Les rythmes afro-péruviens  sont nés à cette époque, au 16ème siècle, la pulsion d’exister de ces opprimés étant plus forte que la peur de l’interdit. Le soir, en cachette dans leurs baraquements, ils commencèrent à marquer le rythme et chanter des strophes dénonçant les mauvais traitements qu’ils subissaient, le déracinement, l’adaptation obligée.

D’abord dépourvu de tout instrument, la musique c’est peu à peu enrichie grâce à des objets de récupération. Ainsi apparurent la quijada, une mâchoire d’âne dont la sonorité provient de l’entrechoquement des dents ou la calebasse séchée et évidée, entre autres percussions. Mais l’instrument icône de la musique afro péruvienne reste le cajon - qui a d’ailleurs depuis a connu de nombreux avatars - une caisse d’emballage convertie en caisse de résonance.





Discrimination, racisme, manque de cohésion communautaire… Autant de facteurs qui ont relégué pendant longtemps la culture afro sur un arrière plan. Conséquence, ces rythmes ont eu peine a survivre au cours des siècles. Ce n’est qu’à partir des années 60 -  début de l’émancipation de la communauté noire – qu’ils ont été acceptés au Pérou pour finalement s’imposer dans les années 70 et surtout 80 comme orgueil national.

A un prestige international

Aujourd’hui, la musique afro péruvienne a dépassé les frontières pour lentement rayonner sur un territoire plus ample, international. Eva Ayllon (idole dans son pays, née en 1956), Peru Negro (groupe formé dans les années 1970), Novalima (groupe electro dub branché de péruviens expatriés formé en 2001) ou encore Radio Kijada (groupé composé d’un percussionniste péruvien et d’un membre du Gotan Project) défendent la musique afro-péruvienne à travers le monde.

Mais l’ambassadrice de cette culture qui n’a pas voulu mourir reste celle que l’on surnomme la « Diva péruvienne », Susana Baca. Programmée sur les scènes du monde entier, elle a vu son succès international couronné à deux reprises par un Grammy, en 2002 et en 2011.  Figure clé dans la renaissance de la musique afro-péruvienne, elle s’est surtout toujours battue pour faire valoir l’apport de cet héritage dans la culture nationale. C’est ainsi qu’en 2011, elle a été nommée président de la Commission culturelle à l’OEA (Oraganisation des Etats américains). Cette même année, elle a été élue ministre de la culture sous le gouvernement de Ollanta Humala – pour en démissionner quelques mois plus tard pour cause de remaniement ministériel. C’était la première fois depuis l’indépendance en 1820 qu’un ministre noir intégrait le gouvernement, de quoi confirmer son influence !



Malgré la remise au goût du jour de ce style musical, la communauté afro péruvienne est encore confinée au statut d’ethnie à part. Chincha, le fief du folklore afro péruvien en est la plus belle preuve. Considéré comme le point centrique de la culture noire péruvienne – on peut lire sur le panneau à son entrée « Bienvenue à el Carmen, capitale et berceau de l’art noir du Pérou » - il a vu son principal attrait touristique se développer par ce biais : c’est la ville des noirs du Pérou. Malgré un accueil extrêmement souriant et agréable, un sentiment étrange envahi lorsque l’on arrive dans cette zone, qui laisse entendre que le métissage culturel au Pérou n’a pas encore atteint son apogée…. Mais les grandes figures telle que Susana Baca laissent espérer que la musique, via son effet intégrateur, sera l’un des facteurs clés de la cohésion nationale.



En bref, nous vous engageons à découvrir au plus vite ces rythmes et sons magiques ;  parfois endiablés, parfois mélancoliques, mais indéniablement entraînants.



jeudi 5 février 2015

La Pachamanca, le festin andin



La Pachamanca, c’est un peu l’incontournable gastronomique lorsque l’on fait un tour dans les Andes. Mais c’est aussi – surtout - une tradition ancestrale sous forme de rituel qui fait honneur à ses racines pré hispaniques et offre à la culture andine un rayonnement intemporel au sein du patrimoine péruvien.

préparation d'une pachamanca dans la Cordillère Huayhuash pour un groupe de trekkeurs d'ALPA-K


Pachamanca signifie littéralement « marmite de terre » en Quechua et « nourriture de la terre » en Aymara, de quoi asseoir ses origines. A base de (liste non exhaustive) viandes, légumes, tubercules, fèves, aji et bien sûr de choclo, maïs star au Pérou, il s’agit de faire cuire tous ces aliments à même le sol. Le four est ainsi creusé dans la terre puis recouvert de pierres chauffées par des braises sur lesquelles les ingrédients sont disposés selon leur temps de cuisson. Ces derniers sont par la suite recouverts de feuilles aromatiques - la plus courante étant la feuille de bananier – ; reste enfin l’ultime couche, celle de la terre. Deux à trois heures de cuisson et le tour est joué si l’on peut dire. A noter qu’il existe plusieurs variantes de la recette, chacune issue d’une zone géographique propre. Quant à son ancêtre, la Huatia (ayant pour seul ingrédient la pomme de terre), elle ne remonte ni plus ni moins qu’à des millénaires.

Une puissance symbolique certaine


A l’époque de l’empire Inca, il aurait s’agit d’un rituel de remerciement à la Pachamama (terre mère) afin de s’assurer une bonne récolte future. Une sorte d’hommage par lequel l’Apu Inti (dieu soleil) et la Pachamama sont mis à l’honneur via l’allégorie évidente de communion et retour à la terre, de la fertilité et donc de la vie.



Véritable moment de célébration aujourd’hui encore, elle est l’un des emblèmes de la tradition culinaire du Pérou. Il appartient aux hommes de retirer les aliments du four pour les placer sur une manta (couverture), et la fête peut commencer… Avec les boissons de rigueurs et un fond sonore musical pour élever cet événement à un moment de partage inoubliable.

Donc à vos fourchettes - prévoyez quand même un repas léger la veille - pour faire honneur à ce plat qui convertira votre escale en terre étrangère en découverte culturelle sans précédent.