jeudi 5 février 2015

La Pachamanca, le festin andin



La Pachamanca, c’est un peu l’incontournable gastronomique lorsque l’on fait un tour dans les Andes. Mais c’est aussi – surtout - une tradition ancestrale sous forme de rituel qui fait honneur à ses racines pré hispaniques et offre à la culture andine un rayonnement intemporel au sein du patrimoine péruvien.

préparation d'une pachamanca dans la Cordillère Huayhuash pour un groupe de trekkeurs d'ALPA-K


Pachamanca signifie littéralement « marmite de terre » en Quechua et « nourriture de la terre » en Aymara, de quoi asseoir ses origines. A base de (liste non exhaustive) viandes, légumes, tubercules, fèves, aji et bien sûr de choclo, maïs star au Pérou, il s’agit de faire cuire tous ces aliments à même le sol. Le four est ainsi creusé dans la terre puis recouvert de pierres chauffées par des braises sur lesquelles les ingrédients sont disposés selon leur temps de cuisson. Ces derniers sont par la suite recouverts de feuilles aromatiques - la plus courante étant la feuille de bananier – ; reste enfin l’ultime couche, celle de la terre. Deux à trois heures de cuisson et le tour est joué si l’on peut dire. A noter qu’il existe plusieurs variantes de la recette, chacune issue d’une zone géographique propre. Quant à son ancêtre, la Huatia (ayant pour seul ingrédient la pomme de terre), elle ne remonte ni plus ni moins qu’à des millénaires.

Une puissance symbolique certaine


A l’époque de l’empire Inca, il aurait s’agit d’un rituel de remerciement à la Pachamama (terre mère) afin de s’assurer une bonne récolte future. Une sorte d’hommage par lequel l’Apu Inti (dieu soleil) et la Pachamama sont mis à l’honneur via l’allégorie évidente de communion et retour à la terre, de la fertilité et donc de la vie.



Véritable moment de célébration aujourd’hui encore, elle est l’un des emblèmes de la tradition culinaire du Pérou. Il appartient aux hommes de retirer les aliments du four pour les placer sur une manta (couverture), et la fête peut commencer… Avec les boissons de rigueurs et un fond sonore musical pour élever cet événement à un moment de partage inoubliable.

Donc à vos fourchettes - prévoyez quand même un repas léger la veille - pour faire honneur à ce plat qui convertira votre escale en terre étrangère en découverte culturelle sans précédent.

samedi 29 novembre 2014

Le lac Titicaca, l’hypnotique


Le Pérou est un pays incroyable qui recèle de lieux magiques à découvrir. Pourtant, parmi un choix des possibles presque infini, une escale nous semble tout simplement indispensable lors de toute visite au pays des Incas.


Perché dans les Andes, à cheval entre le Pérou et la Bolivie, le lac Titicaca fait vibrer tous les explorateurs qui prennent la décision de s’y aventurer, sa majesté n’ayant d’égal que sa hauteur.

Certainement parce qu’il a été rendu hommage à sa beauté des milliers de fois. Peut-être aussi parce qu’il est possible de découvrir le lac tant en suivant une route toute tracée qu’en s’hasardant hors des sentiers battus… Et que quelque soit l’option choisie, on en revient ébahi. Mais c’est surtout du fait de son paysage inattendu, une immensité bleue auréolée de montagnes à la cime blanche, constellée d’îlets jaunes et de rivages verts. Un véritable kaléidoscope. De quoi laisser penser que l’altitude a eu raison de son sens optique: un tel panorama est-il bien réel? Et bien sur, ceci est sans compter sur la culture traditionnelle de ses habitants qui n’hésitent pas à faire découvrir leur mode de vie à tout individu issu d’horizons lointains. 


Le lac navigable le plus haut au monde

A plus de 3 800 mètres au-dessus du niveau de la mer, c’est depuis 1978 une réserve naturelle protégée. Surnommé « la mer des Andes », il  revêt une importance stratégique: à une telle altitude, la vie n’existerait pas sans sa présence. Ainsi, trois millions de personnes ont lié leur destin à celui du lac et de son microclimat, essentiellement via l’agriculture, l’élevage et le tourisme.

Culturellement, de nombreuses options sont offertes à ses visiteurs. Des vestiges de temples de cultures préhispaniques au tourisme chez l’habitant, un choix de taille à découvrir en se baladant le long de ses rives ou autour de ses îles. Ces dernières sont d’ailleurs nombreuses. Pour ne citer que les péruviennes : Soto, Anapia, Amantani et bien entendu les très populaires îles de Taquile et d’Uros.

Uros, vous les connaissez sans aucun doute. Il s’agit de la représentation iconique la plus fameuse du lac. Des îles 100% totora, un roseau qui sert à toutes fin : constructions de maisons, de barques éphémères et même dans l’alimentation.


Le Berceau de la Vie

Le lac est incroyable sur bien des aspects, une magie alimentée par les grandes légendes qui lui sont associées. Depuis l’époque pré-inca, il joue un rôle spirituel phénoménal : de ses eaux est sorti le dieu Viracocha pour créer le monde. Sur une île au milieu du lac, il fît d’abord apparaître le Soleil, son fils, puis les étoiles et la Lune. Par la suite, il créa les premiers humains avec de l’argile. Une autre légende raconte que le diable aurait mis son grain de sel à l’harmonie d’une vallée fertile, une ruse par laquelle il confronta les hommes aux Apus, dieux des montagnes. Ces derniers, très en colère, lancèrent des pumas sur la population qui fût dévorée dans sa totalité. Inti, le dieu Soleil en pleura durant 40 jours sans s’arrêter et du fruit de ses larmes naquit le lac. Par chance, un couple survécut en montant sur une barque de laquelle ils virent les pumas se transformer en pierre. Ils surnommèrent cette vaste étendue d’eau el Lago Titicaca, le lac aux pumas de pierre.

Malgré la splendeur du lac, les mauvaises langues diront que sa visite est quelque peu biaisée par la rentabilité du « tout folklorique ». Il est vrai que l’ambiance sur les îles Uros notamment peut paraître un peu dérangeante, une sorte de voyeurisme communément accepté. Pourtant, si on se fie à l’histoire, on apprend que les Uros datent du 13ème siècles et qu’ils ont aujourd’hui disparu. Les personnes sur place sont donc majoritairement des habitants de Puno qui ont choisi de cultiver la tradition pour vivre du tourisme. De vrais faux Uros ? Peut-être, mais ils font quoi qu’il en soit perdurer le mythe du Titicaca. Un mode de vie pas facile, d’autant que beaucoup d’entre eux dénoncent la discrimination dont ils sont victimes, ne pouvant accéder au moindre titre de propriété sur leur habitat flottant.

Mythologie, traditions, paysages éblouissants… Un espace hors du temps qui envoute et fascine, une chose est sûre, c’est que vous n’en reviendrez pas indemne.